scroll-auto-4

Chaos

De l’infiniment grand à l’infiniment petit, du désordre de l’Univers à l’ordre de la cellule… C’est du chaos qu’ont jailli les premières étincelles de vie.

Voie lactée

Tadrart, Tassili N’Ajjer, Algérie

La Voie lactée se charge d’illuminer la nuit saharienne de ses étoiles et de révéler les reliefs de grès sculptés par l’érosion éolienne du massif de la Tadrart dans le parc national du Tassili n’Ajjer en Algérie.

L’Univers s’est formé il y a 15 milliards d’années sous l’effet d’une expansion incroyablement rapide, dite inflation cosmique. À cette époque déjà, des étoiles naissent, éclairent l’obscurité, meurent et le fécondent des poussières qu’elles rejettent. Elles nourrissent les tout premiers germes du système solaire.

Flammes bleues

Dallol, dépression Danakil, Ethiopie

Une couche de soufre pulvérulent recouvre çà et là le site hydrothermal de Dallol, dans le Nord de l’Éthiopie. Elle s’est soudainement enflammée, produisant des flammes bleues courant au ras du sol. Un phénomène rare et inexpliqué.

Les communautés humaines ont toujours cherché à élucider le mystère de la vie et de l’Univers. La quête des origines est devenue le pilier des mythes et des religions du monde. Quand le scientifique demande « comment ? », l’homme, le philosophe, le croyant s’interroge sur le « pourquoi ? ».

Ballets cosmiques

Tromsö, Norvège

Lors des éruptions produites à la surface du Soleil, des particules s’échappent et pénètrent dans les hautes couches de l’atmosphère terrestre. Elles percutent des molécules de gaz qui produisent alors des aurores boréales, ces lumières magiques venues irradier la taïga norvégienne.

Étoiles filantes, aurores polaires, éclairs, nous rappellent que la Terre est fruit de l’Univers. Si ce dernier s’est constitué sous l’effet du Big Bang il y a 15 milliards d’années, notre planète s’est formée il y a 4,6 milliards d’années, seulement.

Reflet d’aurore

Lac de Jökulsárlón, Islande

Glaçons et icebergs flottent en tintinnabulant sur le lagon de Jökulsárlón, dans le Sud de l’Islande, quand le feu follet d’une aurore boréale embrase l’horizon. L’arc lumineux s’étire, vibre, s’amplifie, embrase le ciel avant de s’éteindre dans le silence glacé de la nuit.

Encore très chaude, la Terre a commencé à se différencier en plusieurs couches 70 millions d’années après sa création. La rotation d’une graine solide dans un noyau liquide est à l’origine du champ magnétique terrestre qui protège toujours notre planète des vents solaires producteurs d’aurores polaires.

Incandescence

Volcan Bárðarbunga, Islande

Un rideau de fontaines de lave jalonne la fissure éruptive du Bárðarbunga ouverte au Nord de l’Islande. L’éruption débutée fin août 2014 a duré six mois et a déversé 1,4 km3 de lave, figeant pour longtemps le paysage de la région.

Percutée par de nombreux astéroïdes, la Terre primitive poursuit sa formation. Leurs impacts augmentent considérablement sa température. La désintégration des éléments radioactifs fait alors fondre la partie externe du manteau. La voici couverte d’un océan magmatique.

Débordement d’un lac

Volcan Nyiragongo, RDC

Le lac de lave du volcan Nyiragongo en République démocratique du Congo, où ont été mesurées les plus hautes températures naturelles, jusqu’à plus de 1 200°C, déborde lentement dans un bruit de ressac audible depuis le sommet du cratère.

Le chaos et le désordre règnent chez Hadès, le maître des Enfers de la mythologie grecque qui a donné son nom à l’Hadéen, la plus ancienne période sur l’échelle des temps géologiques s’étalant de –4,5 milliards à –3,8 milliards d’années avant de céder la place à l’Archéen.

Ardentes nuées

Volcan Sinabung, Sumatra, Indonésie

Seule la nuit révèle l’incandescence à la base d’une nuée ardente, coulée de cendres, de blocs et de gaz à très haute température en train de dévaler le versant du volcan Sinabung, sur l’île de Sumatra, en Indonésie.

Torrents rougeoyants, fontaines de lave, panaches de cendres, séismes racontent la formidable énergie qui a donné naissance à notre petite planète et l’anime encore de ses forces tour à tour destructives et créatrices.

L’œil du cyclope

Cratère du Nyiragongo, RDC

Bouillonnant au fond d’un chaudron de 500 mètres de profondeur, le lac de lave du Nyiragongo, l’un des volcans les plus actifs du rift africain situé dans les monts Virunga, en République démocratique du Congo, darde son œil de cyclope vers les lueurs du crépuscule.

Les basaltes produits par la terre primitive formaient des radeaux de croûte terrestre, à l’image de ceux qui flottent sur ce lac de lave. Alourdis lors de leur refroidissement, ils plongeaient dans les profondeurs d’un océan magmatique brassé par des mouvements de convection.

Le rouge, le noir et le blanc

Volcan Ol Doinyo Lengaï, Tanzanie

L’Ol Doinyo Lengaï, en Tanzanie, est le seul volcan au monde à expulser des laves dites carbonatites. La nuit laisse apparaître leur faible incandescence orangée. Ces coulées très riches en carbonate s’épanchent noires de jour et blanchissent en moins de vingt-quatre heures.

L’étude des volcans actuels, bien pâles reflets de ceux qui s’activaient pendant l’Archéen, de –3,8 à –2,5 milliards d’années, renseigne sur l’intensité du volcanisme qui agitait la surface terrestre à cette époque.

Panache

Volcan Tavurvur, Papouasie-Nouvelle Guinée

Régulièrement en éruption, le Tavurvur en Papouasie-Nouvelle-Guinée est l’un des 452 volcans qui jalonne la célèbre « ceinture du feu ». Les plaques océaniques s’enfoncent sous les masses continentales le long de cette couture de la Terre sur 40 000 kilomètres de long.

Des éruptions volcaniques gigantesques ont jalonné la prime enfance de la planète. Elles ont libéré dans l’atmosphère d’énormes quantités de gaz carbonique, soufre, chlore provenant de sa partie la plus profonde.

Cascades

Eruption de l’Eyjafjöll, Islande

Le torrent de lave fluide de l’éruption fissurale du volcan Eyjafjöll débutée en mars 2010 en Islande, s’engouffre dans une profonde gorge. Il comblera en quelques jours ce que l’eau avait mis des centaines d’années à creuser.

Autour de 4,4 milliards d’années, la Terre baigne dans une atmosphère encore primitive. La tectonique des plaques très active fabrique de la croûte terrestre et les tout premiers supercontinents se forment, Vaalbara, Kenorland, Columbia, Rodinia, Pannotia et la Pangée, le plus connu.

Fontaines de lave

Volcan Bárðarbunga, Islande

Projetées à 200 mètres de hauteur, les fontaines de lave soulignent l’éruption fissurale du volcan Bárðarbunga au Nord de l’Islande.

En Islande émerge l’une des dorsales océaniques, chaînes de montagnes sous-marines alignées sur 65 000 kilomètres, découvertes lors des premières explorations des fonds marins dans les années 1970. Elles sont le théâtre d’éruptions effusives pendant lesquelles s’épanchent des coulées de lave fluide, à l’origine de l’expansion des fonds océaniques.

De bruit et de fureur

Glacier et volcan de l’Eyjafjöll, Islande

Une coulée de lave échappée du volcan Eyjafjöll dévale le long d’une paroi, la libérant de sa gangue de glace. La dilatation des gaz provoque des explosions et projette en tous sens blocs incandescents et cendres. La réaction est dite phréatomagmatique.

« Le moteur de la Terre ? L’énergie ! Ou plus exactement, les transferts d’énergie : l’érosion, l’érection des montagnes, le volcanisme, fruits de la gravitation ou des convections qui animent le cœur de notre planète. » Patrick De Wever, géologue

Ciel de cendres

Glacier et volcan de l’Eyjafjöll, Islande

Perforé par les explosions du volcan sous-jacent, le glacier Eyjafjallajökull change de couleur, passant du blanc bleuté au noir profond. Poussé par les vents du nord-ouest, le panache de cendres a bloqué l’espace aérien européen pendant plusieurs semaines.

Alors que le dernier des supercontinents la Pangée, se disloquait, un réchauffement climatique brutal provoqué par d’immenses épanchements de lave encore visibles en Antarctique, Australie, Amérique du Sud, a provoqué, il y a 182 millions d’années, l’une des grandes crises de la biodiversité.

Braises glacées

Volcan Tolbachik, Kamtchtaka, Russie

Panache de cendres et volutes de vapeur s’élèvent dans le crépuscule glacé du Kamtchatka, péninsule volcanique de l’Extrême-Orient russe, et signalent l’une des éruptions du volcan Tolbachik.

En rejetant d’énormes quantités de gaz, l’émission massive des laves du Deccan en Inde aurait accentué les effets dévastateurs de la chute de la météorite Chicxulub au Mexique à l’origine de la cinquième extinction massive du vivant à la fin de l’ère Mésozoïque et le début du Cénozoïque, il y a 66 millions d’années.

Le feu de l’hiver

Volcan Tolbachik, Kamtchtaka, Russie

Entré en éruption en novembre 2012, le volcan Tolbachik, a déversé fontaines et torrents de lave au milieu des contrées immaculées du Kamtchatka, à l’Est de la Russie. Plus de 200 volcans, dont certains sont en éruption quasi continue émergent de la sauvage péninsule.

Bien avant celles du Quaternaire, la Terre a connu sa toute première glaciation, entre
–2, 4 milliards et –2,1 milliards d’années. Ce fut la plus longue de toute son histoire. La totalité de la planète aurait été prisonnière des glaces.

L’or bleu du volcan

Cratère du Kawah Ijen, Java, Indonésie

Visibles uniquement de nuit, des flammes énigmatiques d’un bleu électrique embrasent le fond du cratère du Kawah Ijen, en Indonésie. Il ne s’agit pas de lave mais de torchères de gaz saturées en dioxyde de soufre fusant à plus de 600° et s’enflammant au contact de l’air.

Connues depuis l’Antiquité sur les volcans d’Italie, décrites par Pline le Jeune, les flammes bleues restent associées à l’imaginaire de l’enfer.

Griffes de lave

Volcan Kilauea, Big Island, HawaII

Le volcan Kilauea, sur Big Island à Hawaii est en éruption depuis trente-trois ans. Il crache des rivières de lave qui s’écoulent par des tunnels de magma solidifié avant de planter leurs griffes dans l’océan.

Le volcanisme d’Hawaii est typique des « points chauds ». Ces remontées de matière mantellique finissent par percer les plaques tectoniques en dérive, à la manière d’un chalumeau perforant une tôle en mouvement. Ils ont contribué à la fragmentation des supercontinents, dont la Pangée qui a commencé à se disloquer, il y a à peine 250 millions d’années.

Émergence de la vie

Dallol, dépression Danakil, Ethiopie

Le site hydrothermal de Dallol au Nord de l’Éthiopie est une exposition d’art permanente où formes et couleurs sont toutes issues du minéral : vasques virant du bleu azur au vert opale, terrasses de soufre jaune citron, corniches de geysérite, flots de saumure, le tout poudré de fins cristaux de sel.

La vie est apparue il y a 3,9 milliards d’années, dans un environnement proche sans doute de celui de Dallol, où se concentrent pourtant tous les extrêmes : acidité hors des normes connues, température des fluides jusqu’à 110°C, salinité de 30 à 50 %, aridité extrême.

Beautés du Diable

Dallol, dépression Danakil, Ethiopie

La pleine lune se lève et magnifie de sa froide lumière une bien surprenante planète : le site hydrothermal de Dallol dont la palette haute en couleurs illumine la dépression de Danakil et ses étendues désertiques situées tout au fond du rift éthiopien.

Magique et sulfureux, tel est le site de Dallol. Mais cet îlot de beauté, résultat de l’interaction entre volcanisme et hydrologie, pourra-t-il résister à l’exploitation de l’immense gisement de potasse que recèle la plaine de sel ?

Arabesques de soufre

Volcan Erta Ale, Ethiopie

Des dépôts de soufre ne tardent pas à dessiner des arabesques fluorescentes sur les laves récemment refroidies du volcan Erta Ale, en Éthiopie, l’un des volcans du rift.

Profonde vallée de 40 à 60 kilomètres de largeur fissurant le continent africain sur 6 000 kilomètres de longueur, le Grand Rift illustre l’écartement des plaques tectoniques. Un nouvel océan est ainsi en train de s’ouvrir depuis 40 millions d’années entre l’Afrique et l’Arabie au rythme d’un centimètre par an.

Terre

Formidable boule d’énergie, la Terre est dynamisée par des mouvements internes. Fracturée, ridée, rabotée par le temps, son histoire n’est pas celle d’un long fleuve tranquille.

Vaisseau de pierre

Luna Mesa, Capitol Reef, Utah

Navires de grès en équilibre sur un océan de marnes et d’argiles, les surfaces tabulaires de Luna Mesa, à proximité de Caineville dans l’Utah, ont été dégagés par l’érosion des couches plus tendres qui les recouvraient.

La Terre, il y a 2,5 milliards d’années, a évacué de telles quantités de chaleur qu’elle peut enfin s’entourer d’une croûte solide plus légère flottant sur un noyau mantellique. La Terre dite moderne, entame alors un nouveau voyage.

Temps du Rêve

Uluru, Territoires du Nord, Australie

Un petit nuage matinal teinté de l’aube et des couleurs du désert s’attarde encore sur Uluru. Le rocher mythique des Aborigènes émerge des immensités désertiques des territoires du Nord australien.

La vie est déjà apparue, quand entre –2,4 et –2 milliards d’années, les organismes photosynthétiques libèrent en mer de grandes quantités d’oxygène. Le fer s’oxyde, précipite et s’accumule sur les fonds marins. 85 % de ce minerai exploité dans les roches rouges de l’Australie, de l’Afrique australe ou de l’Amérique du Sud provient de cette époque.

Crépuscule des Dieux

Half dome, Yosemite, Californie

Bloc gigantesque de granite, « Half Dome » émerge d’une tempête de neige et de pluie, auréolé de l’intensité fugace du couchant. Parc national de Yosemite, Californie.

À la fin des dernières périodes de refroidissement du Pléistocène, de –110 000 à –10 000 ans, les glaciers, en progressant avec une lenteur inexorable, sont devenus de puissants agents d’érosion. Rabotant la roche, ils ont creusé de larges vallées à fond plat et aux versants rectilignes à l’image de celle de Yosemite.

Minarets de l’aube

Malboro Point, Canyonlands, Utah

Marlboro Point, dans le parc national de Canyonlands dans l’Utah, offre dès l’aube un panorama grandiose, quand les premières lueurs révèlent les minarets, flèches et parois de grès que la force érosive du fleuve Colorado a dégagé tout au long de son cours sinueux.

La présence de l’eau liquide, une des caractéristiques majeures de notre petite planète est si habituelle qu’on ne la remarque pas la plupart du temps. Pourtant chaque paysage en porte la marque.

Falaises de feu

Toroweap, Grand Canyon, Arizona

Les tout premiers rayons enflamment la falaise abrupte de Toroweap, au cœur du parc national de Grand Canyon, dans l’Arizona. Quelque 800 mètres plus bas, le fleuve Colorado glisse en silence.

« L’homme, s’il s’en donnait la peine, pourrait refaire dix fois le Parthénon. Mais il ne pourra jamais recréer un seul canyon, façonné par des millénaires d’érosion patiente, où le soleil, le vent et l’eau ont conjugué leurs efforts. » Jean Dorst, biologiste

Courbes d’argile

Bentonites Hills, Capitol Reef, Utah

Collines rondes et multicolores, les Bentonite Hills sont composées d’une argile, la bentonite, dérivée des cendres volcaniques déposées à répétition pendant le Mésozoïque sur la région des Four Corners. Parc national de Capitol Reef, Utah.

Pendant la majeure partie de son histoire, la Terre n’a été qu’une immense plaine dépourvue de tout relief. De –260 à –245 millions d’années, une immensité monotone et plate s’étendait de l’actuelle Russie à l’Amérique.

Méandre

Horseshoe Bend, Utah

Avant la mise en eau du barrage de Glen Canyon, le Colorado charriait près de 500 000 tonnes de sédiments et de débris rocheux par jour. Sa puissance lui a permis d’entailler les épaisses couches de grès en de larges méandres, comme le fer à cheval presque parfait de Horseshoe Bend, Utah.

L’eau est un puissant facteur de l’altération des roches. Elle s’insère à travers les réseaux des minéraux qui la constituent, les arrachent aux falaises et massifs et les entraine combler vallées et dépressions. La variabilité des climats peaufine à son tour le modelage des reliefs.

Dunes d’antan

Paria Canyon, Vermilion Cliffs, Arizona

Les strates multicolores du grès Navajo s’enchevêtrent dans un dédale de dômes, de crêtes et vagues pétrifiées. Réserve naturelle de Paria Canyon-Vermilion Cliffs, Arizona.

Il y a 250 millions d’années, l’ensemble des terres émergées était regroupé en un seul et unique continent, la Pangée. Lors de sa lente fragmentation, les sables ont formé entre –190 et –175 millions d’années d’immenses champs de dunes sur les parties restées continentales, soufflées par des vents changeants.

L’île noire

Anse source d’Argent, La Digue, Seychelles

La marée descendante dégage progressivement les roches sombres et cannelées par les vagues de la plage d’Anse Source d’Argent sur l’île de la Digue.

Les îles granitiques de l’archipel des Seychelles sont des miettes de croûte océanique semées lors de la fragmentation du supercontinent de la Pangée, au gré de l’écartement des plaques tectoniques indienne et africaine.

Fragile Equilibre

Balanced Rock, Arches, Utah

L’orage s’éloigne quand, sous un ciel de plomb et dans l’atmosphère saturée d’humidité, un arc-en-ciel foudroie Balanced Rock, bilboquet de grès dressé au cœur du parc national des Arches, dans l’Utah.

L’eau n’est pas le seul facteur d’érosion. Les mouvements tectoniques fracturent l’écorce terrestre ; la chaleur modifie les conditions physico-chimiques des minéraux, le vent arrache les sols et abrase les reliefs.

Fracas

Aldeyjarfoss, Islande

La rivière Skjálfandafljót dévale les plateaux centraux islandais avant de plonger par-delà un escarpement rocheux à Aldeyjarfoss, dans un fracas de fin du monde. La coulée dévoile une structure en orgues de basalte.

L’eau, source de vie, constitue le plus grand déplacement annuel d’une substance chimique à la surface de la Terre et une puissance érosive sous tous les climats.

Volcan assoupi

Volcan Parinacota, parc national de Lauca, Chili

Potentiellement actif, le volcan Parinacota culmine à 6 240 mètres d’altitude au cœur de la cordillère des Andes à la frontière bolivo-chilienne. Il forme avec son voisin le Pomerape les Nevados de Payachatas, anciens dieux vénérés par les habitants de l’Altiplano.

Cônes adventifs, lacs occupant le passage d’anciennes coulées, laves pétrifiées, terres fertiles, les traces des dynamiques volcaniques passées restent fortement imprimées sur les paysages.

Vallée de la Lune

Désert d’Atacama, Chili

En bordure de l’immense salar d’Atacama, au Chili et dominée par le volcan Licancabur, s’ouvre la Vallée de la Lune, vaste badland fait de sel, de sable, de gypse, le tout redressé, bousculé, lors de la surrection des Andes.

Le soulèvement progressif de la plaque tectonique continentale sud-américaine est à l’origine de l’érection du plus grand relief tectonique connu, un dénivelé de 14 kilomètres entre les sommets de la chaîne andine et ses racines plongeant à 7 000 mètres dans la fosse océanique.

Forêt de pierre

Tsingy de Bemaraha, Madagascar

Situé à l’ouest de Madagascar, le parc national des Tsingy de Bemaraha, protège une incroyable forêt de pierre, un labyrinthe de lames de calcaire acérées, typique des reliefs karstiques.

La formation d’un relief aussi aiguisé requiert des conditions très spécifiques : une fracturation verticale de la roche le long de laquelle s’engouffrent des eaux chargées d’acide carbonique pour dissoudre le calcaire, agrandir les fissures et creuser un dédale de galeries souterraines.

Demoiselles coiffées

Badlands, Escalante, Utah

La pluie ravine les argiles, entraîne les éléments les plus fins et dégage progressivement les zones protégées par un « chapeau », un bloc issu d’une couche de grès solide. Ainsi se sont formées les « cheminées de fées » du monument national d’Escalante, dans l’Utah.

« Les reliefs ne sont que des poussées de fièvre de la Terre », dit le géologue Patrick De Wever. Car pendant la majeure partie de son histoire, la Terre n’est qu’une vaste surface plane et monotone sur laquelle fleuves et rivières se perdent.

La rosée du désert

Désert du Namib-Naukluft, Namibie

Formé pendant la nuit au-dessus du courant froid de Benguela, le brouillard a envahi les dunes littorales de Sossusvlei, en Namibie. Il se dilue rapidement sous la caresse matinale du soleil.

Le plus ancien des déserts est aussi celui des paradoxes : les températures les plus fortes surviennent pendant l’hiver austral, l’air au-dessus des dunes côtières se charge de l’humidité marine, la rosée matinale trempe le sable ; pourtant la végétation n’arrive pas à s’y fixer.

Flammes aquatiques

Rivière Þjórsá, Islande

Flammèches rougies à l’oxyde de fer, rubans vert fluo abandonnés par les décomposés organiques et minéraux emportés par l’érosion, soulignent les méandres de la rivière Þjórsá lors de ses divagations à travers les plaines cendreuses du Sud de l’Islande.

Pendant ces longues périodes où la Terre n’était qu’une vaste surface plane, fleuves et rivières divaguaient paresseusement et déposaient leurs alluvions chargées de pigments ferreux.

Tempête de glace

Lac de Jökulsárlón, Islande

Détachés du front de glace du Breiðamerkurjökull, les icebergs alimentent la lagune de Jökulsárlón dans le Sud de l’Islande, avant de finir en mer, drossés par les tempêtes.

Depuis sa toute première glaciation, notre planète a connu bien d’autres périodes de grand calme. En l’absence d’épisodes volcaniques majeurs, sa température globale s’est graduellement réduite jusqu’à la transformer en bouclier de glace : un phénomène dit de la Terre en « boule de neige ».

Dernier éclat

Lac de Jökulsárlón, Islande

Ballotté par l’océan, usé, poli par les vagues, un iceberg devenu glaçon achève sa course sur la grève noire de la côte sud islandaise, sous l’éclat d’un soleil hivernal.

La réunion des terres émergées en supercontinents a favorisé au cours de l’histoire de la Terre des climats continentaux aux hivers froids propices à la formation de calottes glaciaires. Leur dislocation a installé des climats océaniques qui firent fondre les glaces et remonter le niveau des mers.

Eden

Pendant plus de 3 milliards d’années, la vie fut essentiellement microscopique. D’une première algue, puis d’une mousse, le végétal a conquis la Terre entière au cours d’une odyssée immobile et silencieuse.

Buisson ardent

Sabre d’argent, île de Maui, Hawaii

Ses feuilles étroites recouvertes d’un duvet gris argenté conçu pour retenir les traces d’humidité ont valu l’appellation de sabre d’argent à cette plante rare poussant uniquement sur les pentes du volcan Haleakalā, sur l’île de Maui, dans l’archipel d’Hawaii.

Isolé des continents depuis plus de 70 millions d’années, l’archipel d’Hawaii se caractérise par un niveau très élevé de plantes endémiques dont l’évolution à l’écart de toute influence a garanti une excellente adaptation à leur environnement.

Renaissance

Volcan Tolbachik, Kamtchatka, Russie

La vie renaît, en touche délicate, au milieu des squelettes blanchis des forêts asphyxiées par les cendres et les pluies acides d’une éruption du volcan Tolbachik, au Kamtchatka, péninsule de l’Extrême-Orient russe.

Après chaque extinction massive provoquée soit par l’assaut de météorites, ou par des épisodes de paroxysme volcanique, la vie a toujours réussi à reprendre ses droits, évoluant à nouveau à partir des derniers survivants.

La vie à tout prix

Hélianthe, Vallée de la Mort, Californie

Une hélianthe du désert apparue devant les badlands d’Artist’s Palette, annonce une floraison hors du commun dans le parc national de Death Valley, en Californie. Ce phénomène est exacerbé, certaines années, lors de l’anomalie climatique El Niño.

Merveilleuse adaptation du vivant : les fleurs en habiles manipulatrices ne pensent qu’à séduire pour assurer leur reproduction. Par leurs couleurs, leurs formes, leurs parfums subtils, elles incitent celui qui, du papillon, de l’abeille ou tout autre animal, transportera leur pollen.

Piquante séduction

Figuiers de Barbarie, désert de Mojave, Californie

Plus habitués à vivre au ralenti une bonne partie de l’année, les cactus, comme ces figuiers de Barbarie, participent à leur tour à la floraison des régions semi-arides de l’Ouest américain. Parc national de Joshua Tree, Californie.

La diversité des écosystèmes et les variabilités climatiques ont forcé la morphologie des plantes à se modifier. Dans les milieux désertiques, elles se font épines, ou s’enduisent d’un vernis lustré pour freiner l’évaporation de l’eau.

Coussins d’épines

Spinifex, Hamersley Range, Asutralie

L’herbe porc-épic, appelée communément spinifex, est une graminée endémique et largement répandue en Australie. Acérées, dures, dotées d’une résine collante, ses feuilles poussent en touffe épaisse et drue.

Au fil du temps et au gré de son évolution, la végétation s’est ingénieusement adaptée. Les feuilles se sont inventé des protections, certaines se transformant en épine pour résister à l’appétit des herbivores.

Mousse de pierre

Llareta, Parc national de Lauca, Chili

Son vert insolent la déguise en un moelleux tapis de mousse. Mais, sous la main, la llareta est rêche comme la pierre. Ses petites feuilles coriaces ainsi que ses branches en rangs serrés font résistance au froid, à la sécheresse et aux radiations intenses du soleil. Parc national de Lauca, Chili.

Les premiers végétaux véritablement terrestres sont des mousses inféodées aux milieux humides. Elles sont apparues il y a 440 millions d’années. Conditionnées par leur mode de reproduction aquatique, elles mettront longtemps à s’affranchir de l’humidité.

La rivière aux cinq couleurs

Caño Cristales, Colombie

Macarenia clavigera est une plante aquatique inféodée à une chaîne de montagne colombienne. Ancrée sur le fond de la rivière Caño Cristales, elle vire du vert au jaune, du jaune au rose pâle, puis à un éclatant fuchsia. Elle se mêle à l’onde ambrée, aux reflets verts des frondaisons, à l’azur du ciel, bien accrochée aux rochers noirs de la « rivière aux cinq couleurs ».

Ce pigment protège la plante des pieds jusqu’au bout de ses feuilles, de l’excès des radiations solaires, à la manière d’un écran total.

Avant l’hiver

Glacier Vatnajökull, Islande

La toundra habituellement austère est devenue un océan de feu pendant le court automne arctique, au pied des glaces bleues de la calotte du Vatnajökull en Islande.

Les dernières glaciations ont fait reculer la végétation tropicale. Pour survivre au froid, les arbres ont inventé l’automne et la chute massive des feuilles à la période la plus froide de l’année, afin de limiter de perdre leur eau sans pouvoir la renouveler.

Goutte à goutte

Fougères aquatiques, Rio Negro, Brésil

Les pluies matinales qui s’abattent sur le marais du Pantanal au Brésil ont abandonné quelques gouttes sur les feuilles cirées et poilues des fougères aquatiques « oreilles de jaguar » (Salvinia auriculata).

À l’origine de l’opulence végétale qui couvre bien des écosystèmes du globe, des micro-algues, puis des algues, rouges dans les eaux les plus sombres, vertes en faible profondeur, qui finiront par s’ancrer aux rochers et donner naissance aux plantes et à leur diversité. C’était il y a plus de 1,2 milliards d’années.

Belles de nuit

Nénuphars, Marais du Pantanal, Brésil

À cheval sur le Brésil, la Colombie et le Paraguay, le marais du Pantanal représente à lui seul 3 % des zones humides de la planète. Ses prairies inondables se couvrent de nénuphars, dont les fleurs s’épanouissent à la nuit.

Au fil du temps, fleurs et pollinisateurs se sont ingénieusement adaptés les uns aux autres. Si la floraison nocturne de certains nénuphars attire les chauves-souris, l’eau reste l’agent idéal de transport du pollen des plantes aquatiques.

Les racines du ciel

Arbres carquois, Namibie

Les arbres-carquois, ou kokerboom, font partie de la famille des aloès. Une fois évidées de leur pulpe fibreuse, les branches de ces plantes aux feuilles charnues servaient de carquois pour les chasseurs-cueilleurs San, en Namibie.

La quête de la lumière reste l’axe dominant de la vie des plantes. Encore dépourvues de tronc rigide, elles fabriquent des vaisseaux pour acheminer l’eau et continuent leur ascension. Des poils fixent bientôt la plante dans son substrat. Ils deviendront racines.

Une vision de l’Eden

Chute d'Epupa, Namibie

« Les eaux bondissantes » de la rivière Epupa caracolent au milieu des baobabs. Un havre de verdure et de sérénité, une halte, entre les déserts de la Namibie et de l’Angola.

Au cours du Dévonien, de −417 à −350 millions d’années, des changements d’importance modifient profondément le règne végétal, dont un, capital, l’apparition d’une matière magique capable de rigidifier les tissus : le bois.

Sources minérales

Boca da Onça, Chaîne de Bodoquena, Brésil

La touffeur des forêts tropicales du parc national de Boca da Onça, dans l’État du Mato Grosso do Sul, au Brésil, est rafraîchi par des cascades aux eaux fortement minéralisées. Elles déposent une succession de terrasses de tuf calcaire.

Les forêts primaires dominées par des fougères, des prêles géantes et des lycopodes ressemblant à des palmiers ont atteint leur apogée au Carbonifère, entre –359 et –299 millions d’années. Leurs résidus sont aujourd’hui confinés dans des veines épaisses, le charbon.

Impressionnistes

Erables, île de Jéju, Corée du Sud

Pinceau gorgé d’eau glissant sur un papier grumeleux, la brume passe et repasse sur les érables de la forêt de Gotjawal, accrochée aux pentes du volcan Hallasan, sur l’île de Jeju en Corée du Sud.

Les plantes à fleurs ou angiospermes (signifiant graines enfermées dans un récipient), regroupent tous les végétaux porteurs de fruits, dont les feuillus. Ils ont fait leur apparition il y a 140 millions d’années, et supplanté rapidement les gymnospermes (plantes dont l’ovule est nu) représentés principalement par les conifères.

Forêt des brumes

Atherton, Queensland, Australie

Le soleil surgit par-delà les plateaux d’Atherton et s’infiltre dans les forêts humides du Queensland en Australie. C’est l’embrasement, avant que la brume ne se dilue sous la chaleur matinale.

Datée de −125 à −200 millions d’années, la plus vieille forêt du monde a été morcelée par l’agriculture et l’industrie forestière. La forêt disparaît avant qu’on ne la connaisse, s’inquiètent les biologistes ; et avec elle, des centaines d’espèces animales.

Orage au paradis

Ile de Praslin, Seychelles

Fugace, la lumière du soir embrase la plage paradisiaque d’Anse Lazio sur l’île de Praslin aux Seychelles, avant l’arrivée d’un nouvel orage tropical.

Meurtrie par plus de deux siècles de feux de forêts et d’érosion des sols, habitants et associations locales tentent de reboiser « l’île des Palmes » dont la luxuriance végétale avait séduit l’explorateur français Lazare Picault, au XVIIIe siècle.

Chlorophylle

Oh Rainforest, parc d’Olympic, Whashington

Hoh Rain Forest, au cœur du parc national d’Olympic, dans l’État de Washington au nord-ouest des États-Unis, est l’une des dernières forêts tempérées humides des moyennes latitudes.

La vitesse stupéfiante à laquelle le groupe des plantes à fleurs occupe toute la Terre étonne les botanistes. Il rassemble aujourd’hui 90 % des espèces végétales et totalise quelque 350 000 espèces – cela sans compter toutes celles que les botanistes découvrent encore chaque année.

Chasseurs de lumières

Palmiers éventails, Daintree, Queensland, Australie

Les palmiers éventails de la forêt de Daintree, au nord du Queensland, en Australie déploient leur large ramure dans le sous-bois des géants tropicaux, afin de capter les rayons du Soleil et quelques gouttes de pluie.

Le moteur de la diversification végétale n’est ni la lutte ni la compétition entre les espèces, mais l’entraide, la solidarité et la symbiose avec le monde animal sans qui l’un ne pourrait vivre sans l’autre.

Lumière fugace

Mossman Gorge, Queensland, Australie

Les forêts tropicales ne connaissent pas l’automne. Seul un rayon matinal a réussi à percer la brume épaisse pour colorer un pan de la forêt tropicale de Daintree à travers laquelle la rivière Mossman chemine dans un dédale de blocs granitiques.

Les forêts pluviales ou ombrophiles constituent la formation végétale la plus riche en biodiversité, autant pour la faune que pour les essences d’arbres – plusieurs centaines d’espèces d’arbres sur un hectare contre quelques dizaines en milieu tempéré.

Sérénité

Cascade de Cheonjiyeon, Ile de Jeju, Corée du Sud

La cascade de Cheonjiyeon, sur l’île de Jeju en Corée du Sud, dévoile les orgues d’une épaisse coulée de lave. Roseaux et fougères profitent des moindres anfractuosités de la roche et se suffisent de l’humidité ambiante.

« La première molécule du vivant, c’est l’eau ! Car l’eau est indispensable à la vie. Tout est parti de là », explique le biologiste Gilles Boeuf.

Créatures

À peine sortis de l’océan, les premiers animaux partent à la conquête du monde, armés de carapaces, de pattes, d’écailles, de nageoires, de poils, de plumes et d’ailes, nourris des richesses du jardin d’Éden.

Vivant récif

Hardy Reef, Queensland, Australie

Hardy Reef, vu du ciel. La Grande Barrière de corail s’étire au large de l’État du Queensland en Australie, depuis les îles de la Nouvelle-Guinée au nord, sur plus de 2 600 kilomètres de long. Elle est la plus grande structure fabriquée par des organismes vivants.

Les toutes premières créatures animales sont apparues dans les océans, il y a 800 millions d’années. Il s’agissait des éponges, longtemps considérées comme des plantes aquatiques. Leurs descendants sont les gorgones et les coraux.

Requin débonnaire

Requin baleine, Ningaloo, Australie de l’Ouest

Escorté de poissons-pilotes, le plus gros poisson du monde fait son apparition sous la surface de l’eau. Tête aplatie, yeux écartés, regard débonnaire, le requin-baleine ne se nourrit que de plancton, de krill et de petites proies.

La vie planctonique continue sa diversification et son évolution. Il y a 530 millions d’années, les ancêtres des poissons ne possédaient encore ni vertèbres, ni mâchoire, mais une armature interne cartilagineuse que garderont requins et raies.

Emergence

Tortue luth, Guyane française

Aussitôt dégagée de son œuf et de son nid de sable, une tortue luth nouveau-née, attirée par la brillance des vagues gagne la mer pour disparaître dans l’inconnu. Reviendra-t-elle un jour sur la plage des Hattes en Guyane française qui l’a vue naître ?

Les tétrapodes, premiers vertébrés dotés de deux paires de pattes à sortir des eaux, il y a 365 millions d’années, n’ont qu’une obsession, éviter de se déshydrater. Ils inventent l’amnios, enveloppe grâce à laquelle l’embryon peut évoluer en milieu aqueux, tout en étant préservé du dessèchement et des chocs.

Le grand festin

Caimans jacaré, Pantanal, Brésil

C’est la cohue chez les caïmans jacarés regroupés autour des points d’eau encore épargnés par l’avancée de la saison sèche sur le marais du Pantanal au Brésil. La lutte pour se nourrir des derniers poissons peut devenir féroce.

Au Mésozoïque, de −250 à −66 millions d’années, les reptiles dominent le règne animal. À crêtes, à cornes, à plumes, bipèdes ou quadrupèdes, carnivores ou herbivores, géants ou pas plus grands qu’un moineau, les dinosaures, les « terribles reptiles », colonisent tous les écosystèmes de la planète.

Guerrier du feu

Bousier rhinocéros, Guyane française

Fuyant un feu de brousse en lisière de la forêt guyanaise, un scarabée rhinocéros s’est posé sur une feuille de cecropia.

Les arthropodes, insectes, araignées, mille-pattes, scorpions et crustacés ont eu le privilège de sortir des eaux bien avant les vertébrés, il y a 450 millions d’années, aidés par la nourriture et l’énergie procurée par les plantes.

Géant des forêts

Megasoma acteon, Guyane française

Un Megasoma acteon, coléoptère de la taille d’une main est arrivé en vrombissant à travers les arbres et s’est posé sur une liane, dans le sous-bois humide de la forêt tropicale guyanaise.

Les arthropodes représentent 80 % des espèces animales connues actuelles et forment le phylum le plus diversifié du monde animal.

Buveur de brume

Ténébrion, désert du Namib

Un petit ténébrion (Onymacris unguicularis) grimpe au sommet d’une dune en Namibie et offre ses élytres à la brume marine. Celle-ci y dépose de précieuses gouttes de rosée qui ruissellent jusqu’à sa bouche. Le voici rassasié pour la journée.

Des pôles aux tropiques, les arthropodes, le corps protégé d’un exosquelette, ont investi les montagnes les plus hautes, les déserts les plus arides et les abysses.

Étreinte mortelle

Serpent et grenouille arboricole, Costa Rica

Smilisca phaeota est une grenouille arboricole aux yeux étirés par un masque sombre. Étourdi par ses étreintes amoureuses nocturnes, ce mâle s’est fait attraper par un serpent arboricole. Des heures durant, le batracien a résisté en se gonflant comme une balle, avant d’être progressivement avalé par le reptile.

En matière d’évolution et de sélection naturelle, les scientifiques considèrent que les prédateurs coévoluent avec leurs proies, apprenant avec le temps à déjouer leurs stratégies adaptatives, ce qui expliquerait l’extrême spécialisation de certains prédateurs.

Les couleurs du temps

Aras vert et rouge, Burraco das Araras, Brésil

Éclairs d’azur, émeraude et vermillon, un ara surveille son nid depuis le rebord du gouffre de Buraco das Araras, dans l’État du Mato Grosso do Sul, au Brésil. Une trentaine de couples de ces magnifiques oiseaux a progressivement investi les lieux.

Il a suffi de la volonté acharnée d’un seul homme pour nettoyer l’énorme décharge sauvage qui comblait les lieux, replanter les arbres préférés des aras, pour qu’ils viennent nicher en toute tranquillité dans les anfractuosités des falaises.

Envol

Cormoran, Marais du Pantanal, Brésil

La saison des pluies a rempli le delta intérieur que forme le marais du Pantanal. C’est la saison de l’abondance. Les poissons entament leur migration à travers les prairies et regagnent les lieux de reproduction, guettés par les oiseaux. Après une partie de pêche matinale, jabirus et cormorans repus décollent au-dessus du Rio Negro.

Le premier animal à prendre son envol était-il un dinosaure arboricole ayant acquis la capacité de se laisser tomber en parachute ? Un coureur agitant des membres déjà dotés de plumes capable d’accélérer pour prendre son envol ?

Apparition

Vautour Urubu Serra de Bodoquena, Brésil

Un vautour urubu noir plane dans les embruns de l’une des innombrables cascades qui dégringolent de la Sierra do Bodoquena dans le parc national de Bonca da Onça, Mato Grosso do Sul, Brésil.

Grâce à l’évolution progressive de leurs ailes, les oiseaux, en merveilleux planeurs, colonisent les cieux, ou, en véritables machines aérodynamiques, piquent sur leurs proies repérées depuis les airs.

Les cygnes de l’hiver

Cygnes sauvages, île d’Hokkaïdo, Japon

Dès le mois d’octobre, les cygnes sauvages ont fui leur terre d’origine, les grandes plaines de la Sibérie, avant que les températures atteignent les –50°C. Après avoir parcouru près de 8 000 kilomètres, volant dix-huit heures d’affilée, ils arrivent par milliers pour passer un hiver plus clément. Car sur Hokkaido, île septentrionale du Japon, le thermomètre ne descend guère en-dessous de –30° !

Matière magique, la plume joue de multiples rôles. Elle est un fabuleux isolant thermique, encore renforcé lorsque l’oiseau ébouriffe son plumage, une matière légère et d’une incroyable résistance tandis que ses couleurs servent de parures de camouflage ou de séduction.

Pêcheur de nuages

Grizzly, Katmaï, Alaska

Les grizzlis rejoignent l’été les rivières et les lacs du parc national de Katmaï en Alaska où en rangs serrés les saumons partis de l’océan ont retrouvé leur lieu de fraie. Les plantigrades s’installent dans le remous, concentrés… La pêche peut commencer.

La chute d’une météorite d’une dizaine de kilomètres de diamètre au nord-ouest du Mexique, il y a 65 millions d’années provoque une cinquième vague d’extinction majeure : 75 % des espèces disparaissent. Profitant de ce vide écologique, les mammifères prennent possession de la Terre en moins de 10 millions d’années.

Combat des chefs

Ours blancs, Baie d’Hudson, Canada

Après avoir déambulé des mois sur la banquise qui fermait la baie d’Hudson au Canada, les ours polaires mettent pied à terre. Les jeunes s’initient à la chasse et à leurs premiers combats.

N’ayant pas de prédateur naturel, l’ours polaire règne en maître sur l’Arctique. Malgré la superficie de la glace qui ne cesse de se réduire l’été et l’amincissement des couches anciennes, sa population semble se stabiliser. Pour combien de temps ?

Bisons givrés

Parc du Yellowstone, Wyoming

Dans les années 1800, la population de bisons américains était estimée à 80 millions de têtes quand l’armée américaine programma leur extermination pour accélérer l’élimination des Indiens.

En 1875, il n’en restait plus que 600. Ils sont aujourd’hui 4 000 dans le parc national de Yellowstone, dans le Wyoming.

Les derniers Lions des mers australes

Point Labatt, Australie méridionale

Les lions de mer australiens ne se reproduisent plus que sur les côtes sud et ouest de l’île-continent. Estimés à 12 000 individus, ils sont considérés comme une espèce véritablement en danger d’extinction.

Plusieurs caractéristiques évoquent la vie terrienne passée des mammifères marins : allaitement des petits, traces d’anciens membres terrestres dans le squelette et surtout la respiration aérienne qui les contraint à venir régulièrement en surface.

Peau rouge

Morse, Round Island, Alaska

Après une nuit de pêche en mer, les morses de Round Island, au large de l’Alaska, s’étalent au soleil la journée durant. La chaleur rétablit peu à peu la circulation sanguine de leur peau épaisse.

Les espèces dotées des caractéristiques leur permettant de mieux survivre à leur milieu se reproduisent plus facilement, contrairement à d’autres qui disparaissent. Au fil des générations, ce mécanisme explique l’adaptation des espèces à leur environnement. Ainsi fonctionne la sélection naturelle, moteur de la théorie de l’évolution des espèces, selon Darwin.

Le crépuscule du prédateur

Lionne, Etosha, Namibie

La poussière soulevée par la course effrénée des animaux alertés par un bruit, une odeur suspecte, épaissit le crépuscule. Solitaire une lionne s’avance pour s’abreuver à son tour en toute quiétude.

Au milieu du XXe siècle, les lions d’Afrique étaient estimés à 200 000. Ils ne sont plus que 20 000 et la moitié pourrait être rayée des cartes de l’Afrique d’ici vingt ans. Une disparition provoquée par la transformation de leur territoire mis en culture, l’abattage de leurs proies et l’utilisation de leurs os et peau en médicaments asiatiques.

Blancs de boue

Eléphants, Etosha, Namibie

Blanchis de sel et de boue, deux mâles éléphants immobiles sèchent, front contre front. Leur dialogue de muets a duré des heures avant qu’ils ne se séparent et ne retournent boire. Parc national d’Etosha, Namibie.

Plus de 20 millions avant la colonisation de l’Afrique, I million dans les années 1970, 352 000 individus aujourd’hui… Pour l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), l’extinction de l’éléphant d’Afrique est imminente.

Fakir

Sifakas, Tsingy de Bemaraha, Madagascar

Insensibles au tranchant des lames de calcaire et aux aiguilles les plus aiguës des Tsingy de Bemaraha, à Madagascar des sifakas, ou propithèques de Verreaux, traversent le karst en dansant, attirés par les feuilles et les fruits des forêts environnantes.

Les primates sont arrivés il y a 35 à 55 millions d’années. L’Homme a pris son temps. Le premier hominidé n’est âgé que de 7 millions d’années, Homo Sapiens de 200 000 ans. Mais depuis son arrivée sur Terre, changements climatiques, démographie galopante, pollutions, érosion de la biodiversité ont accéléré la destruction des habitats naturels du monde, l’Homme est en train d’installer les conditions d’une sixième extinction. Combien de temps reste-t-il pour éviter le pire ?